VI · Un espace pour aimer et respirer

À toi

À toi, qui ne me connaît pas.
À toi, que je ne connais pas.
J’écris ces rêves d’insomnie.
Et je ne m’endors pas, mais prie

Dieu le puissant qui n’existe pas.
Et les anges, qui ont toujours
Un sexe, volent à petits pas
Libérés. Leurs folies secourent
Tout ce triste monde creusant
Tombes et enfers des enfants.

Je ne veux pas être un héros.
Mais dans ma frousse de zéro,
Je prends tel un glaive sanglant
Ma plume, fleuret de mécréant.

Et d’une noire sur une blanche,
Une métisse de la nuit
M’apparait : le rire d’un phare,
Douceur qu’éclaire dès le soir.

Et la musique au jour levé
Continuera toujours à bercer
Mes illusions de mes amours
Passés. Où gamin à rebours
Je me promettais de panser,
Gommer ces stigmates passés.

Je l’aperçois dans le métro,
Une inconnue que j’ai croisée.
Je l’aborde, et elle me toise,
Cette garçonne que j’ai baisée :
Demandez-moi alors, comment ! ?
Poète du siècle textos,
Je lui ai simplement parlé
D’une manière très courtoise.

« Bonjour, Mademoiselle. Celle
Qui fera se battre mon cœur,
Lutter contre toute mes terreurs.
Je ne peux vous dire que belle. »

« Une ange d’enfer, maquillée,
Espiègle, et puis sensible.
Oh je vous ai rêvée hier,
Et puis aussi le jour d’avant,
Quand vous aviez pris les devants !
Et puis peut-être bien demain…
Car il faut forcer le destin,
Pour rejoindre notre bannière
De cette humanité sans bible :
Qui n’a point d’ailes pour planer. »

Sur une si douce musique,
Et d’une insomnie prosaïque ;
A toi qui ne me connaît pas,
A toi que je ne connais pas.

Je t’offre un rêve de lendemains :
Ma douce agrypnie caféique
Qui crie ce poème archaïque.
Si tu l’aimes, prends moi la main !

Première publication le 29/07/2022 sur poeme-france.com (texte n° 198281, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.