Petite Éternité
La maison de mes parents,
j’en ai dessiné les plans :
j’avais alors douze ans,
c’était un rêve d’enfant.
Mon père ne voulait « pas de couloirs »,
peu de murs pour pouvoir fuir le noir,
laisser passer le plus de lumière,
qu’elle se laisse porter par ses fenêtres.
Un jour, il a trouvé un terrain,
c’était dans un village voisin.
À vingt ans, pour les fondations,
j’ai trimé avec les maçons.
J’ai mis un peu plus de ciment,
le béton solide comme du diamant,
être sûr que le jour de mes cent ans
elle réjouirait mes descendants.
Je serai peut-être mort et enterré,
il y aura encore le noyer
qui, à côté, m’a vu construire,
puis étudier, sourire, et rire.
Et quand ses feuilles frémiront,
d’un battement d’aile de Cupidon,
que les villageois s’étonneront
comme à la musique d’une douce chanson,
ce sera le battement d’un cœur :
l’amour d’un père pour son enfant,
soigner le malheur de sa maman,
apaiser, de la famille, les terreurs.
Tant de heurts ont voulu briser
la ferveur de nos cœurs assoiffés,
dans le désert de la folie, de la souffrance,
des rêves punis de leur indécence.
Petite éternité dans un parpaing,
entouré de champs et de forêts,
qu’à jamais pourront contempler
ce souhait de paix pour mon destin.
Première publication le 04/04/2015 sur poeme-france.com (texte n° 162597, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.