V · Un chemin

À mon ami Paulo

J’te connais pas encore,
Mais j’sais qu’il va falloir que j’te sorte.
Ce qui me manquerait, c’est ce meilleur pote,
J’rêverais cette nuit de t’emmener dehors.
On f’rait la fête à Paris,
Un petit bar avec une musique de rockeur,
Sans compter l’heure, on libérerait nos cœurs,
On essaierait de ramener la gazelle dans notre lit.
À qui le pieu ?
Avec juste un appart pour deux, on laisse la place
À celui qui nous repêche la plus belle garce :
La chambre s’ra pour les amoureux.

Et au salon ?
Eh bien l’autre y dort un peu plus tard,
Pour pas trop faire ses oreilles d’crevard,
Se laisse réjouir de l’autre p’tit con.
Et pour le boulot ?
On jouerait aux artistes qu’sont sans talent
D’argent, bien sûr, s’croirait brillant !
À force de se l’dire, on s’trouverait beaux.
Et pour l’argent ?
On vivrait pas comme des clodos,
Bien habillés, on mangerait chaud.
Gigolos pour des belles de vingt ans.

Et la réalité ?
On s’en torcherait avec du vin,
Chaque soir, on en ferait notre festin,
Et nous fuirions le « travaillé ».
Et la famille ?
Elle nous croirait bien fous à lier,
N’oserait peut-être pas nous renier,
Nous filerait du blé et son mépris !
Et les amis ?
Au début, ils nous moqueraient,
Puis nous trouveraient chics et libérés,
Pour nos œuvres, y mettraient le prix !

Et les enfants ?
On verra ça quand on aura cinquante ans.
L’heure de draguer minettes d’vingt printemps
Quand t’as trop joué au cerf-volant.

Première publication le 18/05/2015 sur poeme-france.com (texte n° 163508, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.