III · Marcher sur un fil

Miroir brisé

Le monstre en moi s’effraie
d’apercevoir son reflet.
L’idée de suicide gagne,
lucidité qui l’accompagne.
Mes dix calmants dissipent le brouillard :
un visage apeuré émerge de la brume,
c’est un enfant à l’école battu -
le début de mes espoirs déçus.
Et l’innocence, consumée dans l’amertume,
le maquille des traits d’un aigri vieillard.

Je voudrais une vie juste et sans fard,
mais la haine est une douce putain
née de la souffrance d’un gamin.
On la jette au visage du social.
Éconduite, nous revient la fatale :
une amante démente qui ne rêve que du noir.
Et un jour, les yeux tout injectés de sang,
on se dit : aujourd’hui, c’est bien moi le méchant.
Et l’on brise son destin pour venger l’innocent ;
ou l’on se fait crétin pour ne voir ses tourments.

Risperdal, ô toi belle saloperie,
empoisonne la succube qui me fait roi !
Je te l’offre - oui, son cœur est à toi.
Prends soin d’elle, c’est un peu toute ma vie :
né d’une mère trop fragile pour se jouer de sa folie,
et d’un père dévasté, moquant même jusqu’à son doux génie.
Apprends-lui à sourire du mépris.
Et répare ce miroir brisé,
cette image de mon moi déformé.
Mais surtout ne lui ôte pas la vie !

Oui, ce mal j’aime encore aujourd’hui ;
cette muraille qui m’a tant isolé
est devenue comme ma carapace.
Il se peut que sans elle je trépasse.
Sache qu’elle m’a aussi protégé
dans son fort d’indolence et d’ennui.

Première publication le 15/09/2015 sur poeme-france.com (texte n° 165819, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.