Nuit d’Ivresse
Pour ce corps, je vends mon âme,
le diable me mord, les anges se pâment,
et elle me trompe sans aucune honte -
privilège de diablesse, ou caste des déesses.
Le soleil ne brille que pour lui brûler les ailes.
Elle se crame dans un caveau,
se saoule, boit au goulot :
c’est une folle, qui est belle -
un génie de la vie et de l’envie.
Je l’ai connue un mardi,
en semaine, à Strasbourg.
D’une empathie parlant aux sourds,
elle était douce, et riait,
avec elle ma punk fée.
Trois heures du mat’,
pas échec, mais pat ;
le temps s’arrête,
et j’ai l’air bête :
un baiser pour la vie.
Ses lèvres fuyaient l’ennui,
et je n’ai jamais oublié
que le monde est folie
et que le rire est allié ;
que notre sensibilité enivrante
peut tuer cette culture asphyxiante -
à jamais respirer
le vent de la liberté,
être un doux animal,
fébrile devant une femme fatale.
Est-elle vivante et rangée ?
A-t-elle vieilli ou morte, shootée ?
Et j’aimais Émilie,
un amour d’étudiant,
un amour de passage.
J’ai choisi d’être amant,
avec le feu, le mépris.
Et j’étais pas très sage.
Et puis cette douce soirée
où j’ai bu comme Bacchus
pour faire rire ma Vénus,
et j’ai acheté toutes les fleurs
de ce petit Indien, offusqué
de me voir perdre la pesanteur.
Pour le mépris d’une ivresse,
et rire à faire de l’ombre à Hadès.
Fallait jouer au fou ;
j’étais, cette nuit, le plus casse-cou.
Un piercing sur sa langue me pique :
elle avait un goût de fleur métallique.
Je suis rangé… et je m’ennuie
de ces soirées sans contrainte,
et mon aliénation qui m’éreinte.
Souvenirs de paradis artificiels
où l’enfer m’est promis
et pourtant je planais jusqu’au ciel.
Nuit d’ivresse où l’on dansait,
des yeux globuleux nous scrutaient,
et tout le bar nous jalousait
de se foutre du malheur
et puis même du bonheur.
Une nuit pour toujours,
un amour de quelques jours
s’était blotti contre mon corps.
Aujourd’hui adulte,
il n’y a plus de tumulte.
Suis-je déjà mort ?
Première publication le 11/05/2015 sur poeme-france.com (texte n° 163366, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.