Indigestion (ou de l’art de se nourrir du monde)
Un repas gâché, une nourriture goulûment avalée :
Ma faim de loup devient bientôt dégoût et ennui.
Sans conscience, mes (re)pas mènent au néant.
Chaque bouchée mérite d’être choisie et goûtée avec attention.
Sans délicatesse, les sœurs Ordinaire et Médiocrité
Étreignent mon être jusqu’à l’apoplexie ;
Elles bouchent mes artères et empêchent mon sang
De véhiculer la grâce, seule source juste d’inspiration.
Boulimie de quelconque, contentement du manant ;
La panse pleine, j’éprouve la satisfaction d’un cochon :
Grognements et rires gras d’un vulgaire patachon
Remplacent mes idéaux d’enfant innocent.
Désir, souffle vital, instrument de l’allégresse,
Tu m’enterres en creusant mes faiblesses !
Désir, ouvrier infatigable de mes passions,
Tu n’écoutes pas mon âme et lui construis sa prison.
Première publication le 21/11/2014 sur poeme-france.com (texte n° 160603, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.