Le Temps
A-t-il un début ?
Est-il continu,
Ligne ininterrompue ?
Est-il infini ?
Le temps se réécrit-il ?
Il s’arrête avec la vie ?
Ou bien avec l’envie ?
Et le long temps du malheur ?
Si vite passé, pourquoi mon bonheur ?
C’est pas la physique
Qui répond à ces questions qui te piquent.
Et puis le temps n’a pas d’importance.
On s’en fait une montagne immense.
Mais la vie, ce n’est pas compter le temps.
Le temps ne vaut rien : le temps n’est qu’argent.
Y a le temps de respirer
Et puis de s’envoler,
Pouvoir rigoler,
Oser s’amuser.
Y a le temps qui te grise,
Y a le temps qui te frise,
Le temps d’une petite brise,
Mettre les doigts dans la prise.
Mais la réalité y tient,
Elle y voit un destin,
Elle y voit un chemin,
Elle y voit un demain.
Il faut lui être fidèle
Si tu ne veux qu’on te coupe les ailes.
Y a le temps qui te brise,
C’est ta Lettre à Élise.
C’est le temps d’un soupir,
Le temps de respirer,
Arrêter de rêver
Pour ne pas aller vers le pire.
Y a le temps de l’enfance,
Le temps des innocences.
Y a le temps d’être sage,
Le temps d’un apprentissage.
Le temps d’aller à l’école,
Le temps des heures de colle,
Boutonneux, la tête un peu molle,
Le temps d’être pris par le col.
Y a le temps d’être volage,
Un amour de passage,
Le temps des petits larcins,
Le temps d’être un crétin.
Y a le temps d’être fidèle,
Le temps d’être sa belle.
Y a le temps des affaires
Quand c’est l’heure de le faire.
Y a le temps d’être amant,
Le temps d’être présent,
Respirer l’air du vent,
Respirer l’air du temps.
Mais le temps d’être absent,
Le temps d’être un salop,
Le temps d’être pas beau,
Le temps d’être dément.
Y a le temps de l’obéissance,
Parfois le temps des souffrances,
Le temps des servitudes,
Le temps des turpitudes.
Et tout tourne et tout change
Et un temps remplace l’autre.
Quand dans la fange tu te vautres,
Est-ce que ça te dérange ?
Si le temps te tracasse,
Faudrait pas que ça t’agace,
Car les temps s’entrelacent
Et le temps te délasse.
L’espoir te le rendra
S’il est toujours temps d’être soi.
Et à la fin ?
Le temps s’en va ?
Ou pas ?
Oh, mais le temps est un salop.
Il nous parle du beau,
Il nous parle tout haut,
Il nous parle du fou,
Surtout jamais de nous !
Le temps est un salop
Si je ne suis qu’un sot.
Les sept derniers vers ont été publiés à part sous le titre « Le temps est un salop » (04/06/2015).
Première publication le 28/04/2015 sur poeme-france.com (texte n° 163088, où la date de mise en ligne et les commentaires de l’époque sont visibles) · copie Internet Archive.